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Carnet de bord

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Lundi 5 Octobre

Il est six heures, le jour se lève sur Yendegaya. La grève est encore blanche de la nuit. Le soleil brille, le ciel est bleu. Quelques oies sauvages profitent des derniers instants de sommeil des chiens pour prolonger leur promenade jusque sous nos fenêtres. Courte parenthèse aux allures d’éternité : pour une heure tout au plus, le vent, la neige et la pluie n’existent pas.

Vers 7h, petit déjeuner dans la salle commune. Il faut rallumer le poêle et regagner les quelques degrés  qui, avec un bon café, finiront de nous réveiller. Nous passons la matinée à trier, ranger et regrouper le matériel pour l’embarquer, à nouveau, sur le Nueva Galicia qui nous a rejoints hier soir.

En fin de matinée, nous recevons un appel de Dominique Atlani, notre relais parisien. L’équipe de montagne l’a contacté et il nous apprend, sans pouvoir nous en dire plus : qu’« ils ont un souci » … Pas de quoi s’inquiéter mais impossible toutefois de rester dans le vague.

Nous essayons à notre tour de les joindre avec nos téléphones satellites, mais sans succès. Les radios ne répondent pas non plus.

Impossible d’en savoir plus. Impossible donc, de quitter Yendegaya pour rejoindre le glacier Roncagli sans information supplémentaire. Peut-être sont-ils bloqués au pied du glacier ? Il faut que nous sachions.

Après concertation, je suis désigné pour partir à cheval et tenter d’établir une communication radio avec le groupe resté en montagne. Nous pourrons ainsi évaluer précisément la nature du « souci » qu’ils rencontrent et décider de l’action à mener en conséquence.

Le temps d’avaler une assiette de haricots rouges, de remplir un sac avec de quoi faire face à tous les imprévus et de chausser de longues guêtres de cuir protectrices, et me voila en selle aux cotés de Marcel.

Marcel est un grand belge flamand et un solide marin. Ancien pompier, il vit sur son bateau de 12m depuis plus de 20 ans et sillonne la région depuis plusieurs années. Bon cavalier, il chasse la vache sauvage à cheval et au lasso avec José. Il sera mon guide. Nous voilà repartis pour une grande chevauchée… qui se terminera en pleine nuit après que nous ayons retrouvé le groupe des alpinistes, en pleine forme et ravi de nous voir arriver les poches chargée de barres énergétiques et de biscuits au chocolat !

Cette fois, le rythme est plus rapide. La première plaine est l’occasion d’un long et rapide galop. Nos solides chevaux ont le pied sûr sur ce sol détrempé. Les deux chiens de la maison nous accompagnent. Notre course ne les empêche pas de débusquer à chaque instant canards, oies, ibis et autres oiseaux qui, effrayés, prennent leur envol dans un raffut de tous les diables !

Puis, après avoir traversé une rivière peu profonde mais au courant rapide, nous arrivons dans une petite forêt d’arbres morts, blanchis par le vent et la pluie. Ils sont pour la plupart décorés d’une multitude de boules de gui meurtrier mais d’un vert lumineux qui tranche avec l’austérité du lieu. Au loin une dizaine de chevaux sauvages nous observent, attentifs à tous nos déplacements.Les paysages me font presque oublier ma mission. Je tente à nouveau mais sans succès d’établir un contact radio avec l’équipe partie la veille.

Puis ce sont les premiers  marais. Les castors ont abattu les derniers arbres vivants pour confectionner leurs tanières et créer tout autour de vastes marécages protecteurs. Leurs barrages contrarient les cours d’eau et contribuent à étendre toujours d’avantage cette zone humide. A voir le diamètre des troncs abattus (parfois jusqu’à 30 cm), ces rongeurs doivent posséder de solides incisives ! Selon Marcel, un seul couple de castor occupe une surface que j’évalue à un demi-hectare. Or, ici, ces cousins américains de nos ragondins hexagonaux pullulent et ne connaissent aucun prédateur. Pas de limite donc, à l’invasion destructrice de ces petits rongeurs qui mutilent les forets de Patagonie.

Peu à peu le marais s’assèche et nos chevaux retrouvent un sol ferme qui redonne de l’assurance à leurs pas. A l’horizon, le soleil brille baigné dans le bleu du ciel. Marcel évoque dans un mauvais français plein d’enthousiasme ses parties de chasse avec Jose. Il m’apprend que les vaches sauvages constituent le seul gibier de ces grands espaces. Leurs trophées de chasse sont en suite revendus et fournissent la viande nécessaire aux habitants de la région.  A part les nombreux oiseaux, peu de mammifères peuplent ces terres. Seuls les renards et les guanacos (proche parent du lama) se rencontrent de ce côté du canal de Magellan.

A présent une grande plaine de moraine s’ouvre devant nous. Au loin apparait le glacier bleu surélevé d’un sommet enneigé. Nous approchons maintenant du point où, la veille, nous avions laissé les alpinistes et leur matériel. La zone est vide. Encore quelques mètres et nous ne devrons abandonner nos montures car le sol trop accidenté ne leur permet pas d’aller plus loin. C’est alors que nous découvrons une clairière et les quatre tentes de nos amis. Mais personne ne répond à nos appels : le campement est vide. Nous attachons nos chevaux et décidons de continuer à pied. Nous progressons rapidement sur la moraine. Après trois quart d’heure de marche, nous rencontrons Pierre Muller et Mathieu, les autres sont à quelques mètres derrière eux. L’accueil est joyeux, nous partageons les barres de céréales que j’ai encore dans la poche et quelques biscuits au chocolat. Ils sont affamés, ils ont passé la journée à explorer le glacier et à déplacer le matériel et n’ont pas eu le temps de déjeuner. Nous les raccompagnons jusqu’à leurs tentes mais déjà la nuit commence à tomber, il est dix-huit heure trente. Marcel me presse car nous devons impérativement franchir les marais avec les derniers rayons du soleil. Le reste du trajet peut se faire de nuit mais il faut partir sans tarder. Nous quittons les alpinistes, heureux de cette brève rencontre. Le retour sera rapide et silencieux. Montures et cavaliers commencent à réclamer un peu d’avoine ou une bonne bière. Dès que les pierres, ennemies des chevaux, disparaissent du sentier, nous forçons l’allure, alternant entre un galop souple et un trot rapide mais tellement inconfortable. Nous entendons au dessus de nos têtes le sifflement des ailes des dernières oies qui cherchent un abri pour la nuit. L’ambiance est magique. Au loin la crête des montagnes se dessine sur le ciel noir où la lune ne s’est pas encore levée. Nos chevaux connaissent la route et semblent parfaitement à l’aise dans ce terrain très accidenté. Nous nous en remettons à leur agilité. Seul danger dont nous devons nous protéger impérativement : les branches invisibles qui risquent de nous blesser les yeux. Enfin une lueur se dessine au loin.

C’est la maison de José et la promesse d’une bière fraiche ! Les chevaux sont rapidement dessellés et je regagne la Nueva Galicia avec Marcel.

Nous donnons des nouvelles de l’équipe en avalant un copieux repas. Le sommeil ne sera pas long à venir.

Thomas Baratier

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